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USA / Irak : le rapport Baker-Hamilton, beaucoup de bruit… pour rien?

Par Corinne Narassiguin
Très attendu, le rapport Baker-Hamilton sur l’Irak était depuis plusieurs semaines au centre des préoccupations des médias et du monde politique américains. Tout en reconnaissant qu’il n’y a pas de solution miracle pour sortir l’Irak du chaos, le rapport transgresse trois tabous pour l’administration Bush :

1. un calendrier de retrait des troupes est nécessaire ;

2. il faut parler à l’Iran et à la Syrie ;

3. il faut relancer le processus de paix israélo-palestinien, seul moyen de réduire les tensions dans la région.

Alors même que le nouveau secrétaire à la Défense, Robert Gates, affirme que “l’Amérique ne gagne pas en Irak”, Bush, bien que sonné par sa double défaite de novembre à la Chambre des représentants et au Sénat, persiste : la guerre en Irak s’inscrit dans la lutte du bien contre le mal (la guerre contre le terrorisme). Il reconnaît certes que la situation va mal, mais les principales recommandations du rapport sont pour le moment ignorées : pas de calendrier de retrait d’Irak ; pas de discussions avec l’Iran tant que les activités civiles d’enrichissement de l’uranium continueront ; pas de dialogue avec Damas tant que la Syrie déstabilisera le Liban ; refus de lier le processus de paix au Proche-Orient à l’Irak, donc pas de pression sur Israël comme l’avait fait l’ancien secrétaire d’État James Baker en 1991 avec la conférence de Madrid.

À travers ce rapport, James Baker et Lee Hamilton opposent le pragmatisme néoréaliste de Bush père à l’entêtement idéologique de G. W. Bush, Cheney et Rice. Le président reste dans sa bulle, en dépit de trois ans d’échecs. La pression américaine sur Israël est bien moindre depuis 2000 et la perspective d’un État palestinien plus éloignée. L’Irak est en guerre civile, si ce n’est, de facto, en cours de partition. Le Hezbollah, le Hamas, le président iranien et Al-Qaida font des émules jusque parmi les modérés. La crise iranienne risque de devenir incontrôlable, ne laissant alors d’autres options que des frappes israéliennes isolées ou une nouvelle guerre conduite par Washington, dont nul aujourd’hui n’a la volonté ni les moyens.

Il reste 2 ans à George W. Bush : il peut tenter de sortir honorablement du bourbier, sans garantie de succès, en suivant les recommandations du rapport. Il peut aussi continuer à faire le sourd et l’aveugle en acceptant de ne considérer pour la forme que des propositions mineures et conduire ainsi le Moyen-Orient vers des heures sombres. La pression des démocrates au Congrès dès janvier 2007 fera peut-être la différence.